LA GRANDE INTERVIEW DU CHAMPION : EMESSET (FERRARI)


Un début de saison difficile, un équipier de haute volée, un finish intraitable, deux titres pilotes… et une retraite. Voilà comment on pourrait résumer la saison de l’invité du jour. Avec lui, on revient plus longuement sur tous ces évènements. Bonne lecture !

Quel est ton ressenti après ce nouveau titre acquis grâce à une fin de saison tonitruante ?

Ce qui domine, c’est le soulagement. 7, c’est un chiffre qui signifie beaucoup pour moi. Ce titre, je le voulais vraiment très fort, et à un certain point ça m’a compliqué la vie. Avoir eu Lemst à mes côtés, c’est encore plus spécial, mais pareil, cette pression m’a aussi compliqué la vie à certains moments. L’un dans l’autre, ça faisait des années que je n’avais pas abordé des courses avec autant de hargne qu’en fin de saison, mais ça fait vieillir un peu plus vite aussi.

Tu remportes également le titre constructeurs avec des coéquipiers Lemst et Tanguy Endenmann. Un doublé qui boucle une saison parfaite chez Ferrari. On suppose que la cohésion entre vous était là. Comment avez-vous géré cela de l’intérieur ?

Difficilement ! A la base, Lemst m’a rejoint car il venait d’être papa. C’était le moment parfait pour faire équipe, sachant qu’il serait théoriquement hors-jeu pour le titre pilotes. Contrairement à ce qu’on a entendu quand on a constitué l’équipe, c’est une vieille histoire plus qu’une volonté de monter une superteam. On s’était dit lors d’un open en 2012 qu’on serait équipiers un jour, c’était bien avant qu’on devienne l’un et l’autre des top-pilotes. Tanguy était plus là pour apprendre et progresser, avec un rapport points/salaire très intéressant. Sur le papier, c’était très bien pensé, mais mon début de saison a été très difficile, et Lemst a été gentiment phénoménal dans le même temps : il a fait le début de saison que j’imaginais… pour moi ! Là, c’est devenu plus tendu, car DromEd a profité de mes déboires pour s’intercaler. A un certain moment, Lemst a revendiqué la place de leader et c’était légitime. Avant même que la saison commence, j’avais senti sa pression au niveau du rythme. Là, les choses sont devenues plus tendues entre nous. Sur la piste, car en dehors, rien n’a changé : chacun était capable de se mettre dans la tête de l’autre.

Ton début de saison a été compliqué. Quel a été le déclic pour inverser la tendance ?

L’avant-Brésil, justement. Lemst m’a dit en gros “Il faut que tu gagnes au Brésil, sinon, tu vas devoir rouler avec moi contre DromEd.” J’ai répondu “Ok, pas de souci” parce qu’en effet, le risque aurait été de perdre le titre pilotes. Puis il a ajouté en substance “Je vais tout faire pour gagner aussi à Interlagos”. Ca annonçait un programme légèrement différent sachant que c’est un circuit où il est très, très performant… Je me suis retrouvé au pied du mur. En course, il a perdu son pneu avant droit, mais sur le moment, le coup de pression a été brutal. J’ai réussi à tenir le coup et élever mon niveau de jeu ensuite.

Comment-as tu géré la pression ?

Bwoah, comme dirait Kimi. Je ne l’ai pas vraiment gérée, j’ai juste intégré le fait que mes chances de titre étaient vraiment réduites, et que je n’avais finalement plus grand’chose à perdre. Cela m’a donné beaucoup plus de relâchement et de confiance au volant. J’ai pris plus de risques aussi. La chance a joué, car Lemst perd son pneu avant-droit au Brésil, DromEd rate un peu l’undercut à Abu-Dhabi, et en Turquie, Jérôme se sort dans le Triple 8. Je fais sensiblement la même erreur, mais je perds quatre secondes de moins. La réussite est revenue d’un coup.

La grosse annonce est venue quelques jours après la fin de saison où tu as décidé de mettre un terme à ta carrière. A quel moment as-tu pris la décision ?

Honnêtement, après Singapour. J’ai très mal pris le commission-gate, même si je comprends le fond. Après avoir fait autant, l’idée que faire partie de la commission ait pu être un avantage a fait mal. Au début. Une fois qu’on a été débarrassés (car c’était en réalité une sacrée dépense de temps et d’énergie), on a passé le temps économisé à limer la piste, et la voiture s’est mise à voler à partir d’Austin. On n’a plus eu qu’une idée en tête : gagner (sans commission…), si possible dominer, et passer à autre chose. C’était important. D’une certaine façon, ça nous a soudé, alors que sur l’incident de Singapour en lui-même, on s’est bien pris la tête et pendant quelques temps.

Est-ce un choix définitif où pourrons-nous te revoir en piste d’ici quelques saisons, en F1 ou même ailleurs ?

Il ne faut jamais dire jamais, et ça me manquera à un moment ou un autre. Mais à part peut-être Lemst, personne ne sait à quel point cette saison a été dure pour moi mentalement. Ca a fait mal par moment, et je le dis sans la plus petite exagération. C’est le meilleur médicament contre les envies de retour. C’est définitif à 100%, ici comme ailleurs, maintenant comme plus tard.

Quels sont tes meilleurs souvenirs cette saison ? Et des autres saisons bien sûr, étant donné ton départ ?

Cette saison, la victoire à Suzuka. Car contrairement à la fin de saison, la voiture n’était pas encore là. J’avais une marge très fine pour gagner, et j’ai tout fait parfaitement alors que DromEd était beaucoup plus rapide que moi. Et après ce début de saison affreux, ça m’a fait un bien incroyable. Sur les saisons précédentes, je n’oublierai jamais la bataille contre Maverick à Silverstone en Saison 1. C’est probablement là que j’ai retourné le championnat pour aller chercher mon deuxième titre en F1, et le premier sur EVOF1. J’avais pas encore l’assurance que j’ai maintenant, alors pour moi, c’était un moment grandiose. Il avait écrasé le début de saison, il était tellement fort, tellement intelligent… Je me suis dit “Peut-être que je suis vraiment bon pour ça”. C’est important de réussir à penser comme ça pour faire des résultats. Même quand on a une mauvaise course.

Comme tu ne roules pas en Saison 10, peux-tu me filer tous tes set-ups ?

Tu ne perds pas le nord, Coli. 😀 On a travaillé à trois sur la Ferrari tout au long de la saison, la moindre des choses est de laisser notre équipier Tanguy profiter du travail qu’il a accompli avec sa nouvelle équipe. Désolé. :)

Quels conseils donnerais-tu à un jeune pilote qui rêve d’approcher les résultats que tu as eus ?

Déjà, bien se connaître. C’est à dire trouver une routine hors piste qui permet d’aborder les courses au maximum de ses possibilités. Puis identifier le comportement de la monoplace en piste qui permet de rouler au maximum également. Ensuite, essayer de reproduire et assembler le tout piste après piste. Enfin et surtout, proportionner les ambitions avec les efforts consentis. Pour gagner, il faut être prêt à faire l’effort que l’adversaire ne fera pas. Pendant que les autres voient leurs amis, il faut aller rouler. Pendant que les autres jouent à d’autres jeux, il faut aller rouler aussi… C’est la partie pas marrante, mais je ne sais pas faire autrement. Ensuite, cultiver sa confiance. S’il y a un choix à faire, il vaut mieux paraître arrogant que faible, d’un point de vue efficacité.

Est-ce que c’est toi qui règle ta voiture ou as-tu un site ou tu récupères les set-ups comme dans iRacing ?

Ce serait bien, mais en F1, les pilotes ne postent pas beaucoup leurs sets en ligne. Les idées, les tendances servent d’une année sur l’autre. Cette saison, on a beaucoup travaillé ensemble avec Lemst. Lui roulait en ligne, car il a la faculté d’aller immédiatement à la limite de la voiture (il me faut plus de temps), et moi j’observais le comportement on board + en caméra extérieur. Ce qui a été très très, instructif. Sur cette base, je lui proposais des modifications qu’il validait ou non. Le chrono était secondaire, on fondait surtout l’analyse sur le feeling, et encore plus la confiance au volant. C’est comme ça qu’on a produit un réglage vraiment performant. On a pas mal regardé aussi la télémétrie du live pour décoder les relais des autres avec le plein, et bien sûr, les on-boards, car ça donne quelques indications sur le comportement des autres voitures. En regardant les autres rouler avec une caméra externe, on peut avoir une idée du rake, mais aussi du carrossage (avant surtout) et des appuis. L’autre partie du travail, en solo, c’était les longs runs avec les IA pour anticiper les effets du déventage, de l’usure, et l’évolution du comportement de la voiture. Cette saison, j’ai couvert environ 4300 tours de préparation pour 8 courses. Mon entrainement normal était de l’ordre de 12 à 15h par semaine.

Suite à ton annonce, qui vois-tu te succéder lors de la Saison 10 ?

Avec le retrait de Lemst également, les successeurs logiques devraient être Jérôme et DromEd. Jérôme est peut-être un peu plus consistant en course. DromEd me semble plus performant en vitesse pure. Pour moi, c’est le prochain gros duel. S’il faut vraiment un nom, je dirai Jérôme d’une courte tête car vraiment très très peu d’erreurs de sa part, même s’il peut paraître timoré parfois. Et je pense qu’on peut inclure dans cette liste Yoppi, qui a tous les ingrédients, mais pas encore assemblés. Je vois bien Rafa intégrer ce club assez vite, mais davantage pour la Saison 11. Rytal peut exploser lui aussi.

Maintenant que tu n’es plus sous contrat, que vas-tu faire de ton temps libre ? Des projets ?

Beaucoup ! Evoluer professionnellement, car la carrière est un chantier largement abandonné depuis huit ans ! Ensuite, profiter un peu plus de ma chérie, car par moment, je pensais course en permanence. Au cinéma, au milieu d’un repas… Là, j’apprends l’italien ! Bref, faire autre chose, et même niveau gaming, jouer à plus de choses, avec une mentalité qui ne soit plus ultra-compétitrice. Car à ne penser qu’à la gagne, on passe à côté de beaucoup de bons moments aussi.

Aurons-nous la chance de te voir les soirs de course avec mes commentateurs de chez LTGP en tant que consultant par exemple ?

Rien n’est prévu. Forcément, j’aurai un peu plus de temps pour participer aux diffusions et aux émissions, mais Feufeuille-Wars, c’est un duo qui fonctionne très bien, et donc à préserver. Ils ont leur monde à eux, et il n’a jamais été question d’un troisième larron. Donc oui, j’interviendrai tôt ou tard, mais je ne deviendrai pas consultant permanent.

As-tu des espoirs concernant EVOF1 ?

Que le staff garde sa mentalité actuelle. Ne pas faire trop attention au succès qu’a la ligue actuellement, garder à l’esprit que ce n’est pas un dû, et se concentrer sur ce qui ne va pas. Continuer à avancer, à corriger, et que le niveau d’organisation augmente. Si on y parvient, l’avenir sera amusant. Au niveau piste, je ne me fais aucun souci : avec notre départ, des pilotes vont s’affirmer. Ca n’aura aucun impact sur le niveau global du championnat.

Et pour finir sur une note plus légère avec une question qui intéresse bien évidemment tout le monde. Slip, boxer, ou caleçon ?

Boxer, tous les jours ! Ne jamais en changer après une victoire. Quand tu pues, c’est que tu tiens le bon bout !

Comme la Saison 10 est déjà là : à très vite !